Crédit photo : Lil kids in the sky, par Alex Schwab, sous C.C. BY-ND 2.0

Eh bien ça y est, cela fait deux semaines maintenant que quatre midis par semaine, l’AMC anime des ateliers d’écriture auprès d’enfants. Nous n’étions pas du tout sûrs que la formule prendrait, qu’ils viendraient de leur plein gré pendant la récré’ s’efforcer de raconter, mais visiblement et pour le moment, c’est bien le cas. Faisons en sorte que ça dure…

Sur les temps d’activités périscolaires, nous avons donc mis en place un atelier pour les petits (enfants du CP et du CE1) et un autre pour les grands (du CE2 au CM2).
Bien sûr, pour les petits qui commencent tout juste à apprendre à écrire, il n’est pas question de leur demander de rédiger phrases et paragraphes, mais ensemble, nous réussissons à formuler des histoires en nous appuyant sur le dessin. Quand c’est possible, ils s’essayent au mot, et c’est déjà pas mal. Des lettres par-ci ou par là qui sont encore très graphiques… c’est un début, c’est une occasion de plus d’essayer. Tant qu’on leur transmet l’envie de faire, c’est tout bon.

Avec les « grands », ce n’est pas tellement plus facile en réalité. Pour beaucoup, il y a un vrai blocage… et même deux. D’abord, l’écriture est tout sauf naturelle. C’est un exercice, du labeur, elle est intimement liée à un effort qu’il faut fournir. Pour nous autres adultes, il nous semble que nous l’utilisons depuis toujours parce que c’est effectivement quelque chose que nous avons appris très tôt, mais au fond, associer des sons à des lettres ou à des syllabes puis du sens aux mots et réussir à les assembler ensuite, non plus seulement pour écrire ce qu’on nous demande d’écrire, mais pour formuler ce qu’on imagine, tout ça est extrêmement complexe. On touche là au deuxième blocage : la créativité.

en deuxième semaine
en deuxième semaine

Le savoir est une chose, le comprendre en est une autre : à cette époque de la vie, les petits d’hommes sont des éponges. Ils sont habitués à absorber et tentent tant bien que mal de retenir parce que le monde les y motive. Produire, transformer ces apprentissages ou ces savoirs en matériaux personnels, les exploiter en somme, c’est une tout autre histoire. Et justement, c’est ce que à quoi on s’attelle : faire des histoires, raconter de l’histoire et plus seulement avec la voix, mais bien avec du texte.

Le plus dur, souvent, c’est de les lancer. Certains gamins n’écrivent parfois pas plus d’une ou deux lignes pendant tout l’atelier, peut-être parce que nous n’avons pas réussi à les mettre en confiance (en les poussant notamment à dépasser leur peur de l’erreur et de la faute et à profiter vraiment de ce moment de liberté…), plus sûrement parce qu’ils « ne savent pas » en plus de ne pas trop oser. Là, toutes les hypothèses sont possibles et se rejoignent : de la télé qui ne demande pas à se créer ses propres images jusqu’au système éducatif qui attend de ses élèves les bonnes réponses et dès lors les bride… Notre terrain d’expérimentation perpétuelle et de recherche semble donc être un bon complément.

Il y a enfin tout ce qui concerne la concentration. La mise en route est laborieuse et ils sont toujours à deux doigts de retourner à leurs amusements et chamailleries, mais bizarrement, il faut toujours les pousser vers la sortie à la fin, parce qu’ils veulent écrire leur dernière phrase, tracer leur dernier trait… Quand nous parvenons à l’équilibre après une bonne demi-heure d’échauffement en général, on sirote les quelques secondes de silence affairé. Dès qu’ils sont plus d’une dizaine, il devient malheureusement difficile de contrer le désordre sans une discipline stricte qui ne convient pas à ces temps de loisirs. Avec l’habitude, gageons qu’ils deviendront plus autonomes dans l’exercice, qu’ils sauront mieux pourquoi ils viennent et ce que cela est susceptible de leur apporter. Quelques recueils de productions, à terme, devrait aider à les motiver…

Si certains bloquent, d’autres parviennent au petit paragraphe, et j’estime alors qu’on a fait notre boulot, et il y en a bien sûr aussi quelques-uns qui se sont déjà accaparés l’outil et en usent avec plaisir, fonçant à travers la porte ouverte de l’imaginaire. Pour eux comme pour nous, c’est quoi qu’il en soit un début. On essaye, on oriente, on propose, ils disposent… On tente de les sensibiliser aux écritures, celles qu’on écrit et celles qu’on lit.

D’ailleurs, lire au groupe ce qu’ils ont inventé est leur moment préféré, c’est le climax de l’atelier. Ça fait parfois un peu trembler mais ça fait surtout toujours plaisir. Si en plus ils réussissent à faire rire les copains, c’est le jackpot et pour ça, pas de chichi : la grande littérature des petits est pleine de pipi-caca et de baisers d’amour. Une Éducation sentimentale en couche culotte, après tout pourquoi pas : l’amusement et le rire forment une belle ligne de mire et ce sera celle de ces moments, d’ores et déjà précieux, entre le cours et la récréation.

Une réflexion sur “Un premier bilan des ateliers avec les enfants

  1. Bravo à tous, les enfants et les animateurs de cet atelier. Pari gagné. L’idée d’associer les dessins avec les mots est une bonne idée. L’imagination et la poésie sont au rendez-vous. Quel potentiel créatif à développer ! Continuez à nous envoyer vos productions pour nous faire rêver.
    Très amicalement.
    Martine

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